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Quand rien ne se passe comme prévu

Janvier, 2019

Quand rien ne se passe comme prévu

J’avais pourtant planifié mes 3 jours de trek mais rien ne s’est passé comme prévu.

Le parc Torres del Paine

En arrivant au parc Torres del Paine, mon programme était clair, limpide et intense.

Installation de la tente, trek laguna verde, première nuit sous tente, départ le lendemain matin entre 7h et 8h pour récupérer le catamaran et planter ma tente au second camping, bourré de monde, enchainer avec ma rando, retour tente et dodo, troisième rando (la plus dure), récupérer mes affaires et enchainer avec un troisième camping (reprendre le catamaran, puis bus, puis bus transfert puis dernière rando dans la nuit pour rentrer de bonne heure par le bus.

Un programme au millimètre, bien chargé, conseillé par le proprio de l’auberge de jeunesse à Puerto Natales.

Les imprévus du premier jour

Autant vous dire que ça ne s’est pas réellement passé comme prévu. Des jambes en pleine forme, malgré les 20 km et les randos des derniers jours. Un moral bon. MAIS… au terme du premier jour, mes pieds ne sont plus dans la capacité de marcher. Des ampoules venues se greffer aux anciennes et de nouvelles brûlures au niveau du talon viennent compromettre mes ascensions pour les deux jours à venir. Avec des descentes et du plat, je pourrais m’en sortir car ce ne sont pas les mêmes appuis. Mais les ampoules sont malheureusement disposées aux endroits stratégiques dans les montées.

Prendre une décision

Avant de prendre une décision pour les prochains jours, je sens le besoin de me poser et d’observer les dégâts. Il est 17h40.  Après ma première séance d’auto-stop, j’arrive au campement. Une sieste et une douche chaude s’imposent. Je ne veux rien d’autre pour le moment. En soignant mes pieds, je prendrai une décision.

Finalement, le sommeil a raison de moi. A 20h me voilà emmitouflée dans mon duvet. Il doit faire 10 degrés, parfait pour s’endormir sans avoir trop froid. Je poursuis tout de même ma lecture du Petit Prince de Saint Exupéry et je m’endors comme une souche, l’esprit sur une autre planète et les pieds endoloris. Soit. Je prendrai ma décision le lendemain matin.

Le réveil sous la tente

Première nuit sous la tente et réveil programmé à 6h15. Pourquoi si tôt ? Simplement car je caresse encore l’idée de poursuivre mon programme à la lettre.

J’ai le malheur de toucher ma tente en me retournant. La toile est trempée. Ça commence légèrement à goutter à l’intérieur mais ça reste très raisonnable. J’entends la pluie tomber au dehors. Ce qui ne m’encourage absolument pas à me lever. Je repousse le réveil de 30 min.

Second réveil. La pluie est toujours de la partie et mes pieds toujours aussi sensibles au moindre frottement. Après une trentaine de minutes à scruter mes ampoules qui saignent, les soigner à nouveau, les protéger avec double protection de chaussettes, je tente le tout pour le tout. Me mettre debout et tenter une marche aux toilettes.

Et la sentence tomba

La sentence est irrémédiable. Je ne peux pas marcher. Même les manchots que j’ai pu observer à Ushuaia semblent moins gauches que moi dans leur démarche. Je tente avec d’autres semelles, d’autres chaussettes. Rien à faire. Je ne peux pas aligner un pas devant l’autre. Même les toilettes en face me semblent le bout du monde. Alors une rando de 8h dont 4h d’ascension…

Je passe une heure à poser le pour et le contre. Quitte à avoir mal, autant voir le paysage et les montagnes non ? Et puis je me trouve stupide de penser comme ça. Pourquoi s’obstine-t-on comme ça ? Pourquoi m’obstine-je à vouloir grimper ? Je suis partie pour 9 mois, j’ai besoin de mes pieds. Tenter de randonner en montagne avec des pieds en très mauvais état c’est prendre le risque de ne pas pouvoir redescendre ou de se déboiter la hanche en trouvant d’autres appuis pour compenser la douleur. Ma décision est prise mais avec un profond goût amer.

Remballer son sac à dos

Alors que j’avais fini de remballer mon sac à dos, décidée à rentrer à Puerto Natales en auberge de jeunesse pour retrouver une zone de confort, il apparut, discrètement. A côté de ma tente. Cherchant certainement une petite musaraigne pour le petit-déjeuner, ce rapace, dont le parc regorge, m’offre un spectacle unique. Pas farouche, il gambade dans l’herbe. Me regarde.

Prendre de la hauteur

Et si ce rapace m’invitait simplement à prendre de la hauteur ?

Est-ce si grave de ne pas faire ces randonnées ? Suis-je venue chercher des randonnées et de la performance physique ou un moyen de me faire plaisir ? Pourquoi quitter ce camping si je m’y sens bien et si bien accueillie ?  N’en profiterai-je pas justement pour écrire ? Pour prendre du temps pour moi, seule ? Est-ce si grave de ne pas marcher aujourd’hui alors que je marche presque tous les jours ?

Et puis, je n’ai même pas testé ma bombonne de gaz et mon réchaud. Je n’ai quand même pas galéré à Ushuaia à demander en espagnol un réchaud (ils voulaient me vendre une lumière… A défaut de ne pas en être une [lumière] tous les jours, je voulais un réchaud ! J’ai eu mon réchaud ! non mais… !)

Nouvelle décision

Ma décision est donc prise : je reste une nuit supplémentaire. Mais il va falloir réorganiser mon camp de fortune pour éviter la rosée du matin. Deux à trois bidouilles plus tard, je m’entache à faire fonctionner ce réchaud. J’entreprends même de faire chauffer ma tasse pour boire de l’eau chaude. Chose faite. Et je suis fière de moi !

La pluie continuant toujours de tomber, il me faut abriter ce banc un peu mieux pour pouvoir écrire au sec. Au moment de me lancer dans la rédaction de mon carnet de bord et de mes articles, des dizaines de petits oiseaux se regroupent à proximité de mon campement. Deux rapaces déploient également leurs ailes devant moi.

Savoir s’écouter

Chaque jour, j’expérimente, inconsciemment et j’apprends à m’écouter. C’est parfois un vrai combat intérieur avec le mental.  A la différence du touriste venu voir ce qu’il a prévu de voir, le voyageur voit ce que la nature lui offre. Le reste n’est que bonus.

Donc OUI, j’ai eu du mal à l’accepter mais OUI j’ai fait le bon choix de rester ici, au calme, à prendre ce temps, pour moi. Ces montagnes millénaires pourront attendre encore quelques mois, années avant que je revienne fouler leur chemin.